L'insécurité alimentaire, une conséquence de la pauvreté en France

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Dîner entre amis, faire ses courses, ouvrir son frigidaire, aller au restaurant, préparer le repas, nombreux sont les actes liés à l’alimentation accomplis tous les jours. Nous les réalisons naturellement sans nous rendre compte de leur portée. Ils sont pourtant des actes forts du quotidien. Ils construisent notre bien-être et participent activement à créer ce lien social fondamental à l’être humain.

 

Ne pouvoir accéder en quantité suffisante à une nourriture saine et équilibrée, c’est s’exclure, c’est rompre le lien social, c’est ouvrir la porte aux problèmes de santé et de bien-être. La peine est triple. A court terme, c’est d’abord le sentiment de faim et d’épuisement, conséquence des repas sautés. S’ajoutent les maladies physiques et psychologiques : à moyen terme, l’insécurité alimentaire engendre de l’anémie, un déficit en vitamine D notamment chez les femmes, mais aussi du diabète, du cholestérol. Enfin, une alimentation insuffisante favorise l’isolement liée à la honte de ne pouvoir se nourrir seul, et trace la voie de l’exclusion. L’insécurité alimentaire reste, encore aujourd’hui, caractéristique de la pauvreté dans les pays du Nord, et notamment en France.

L’alimentation est une nécessité du quotidien et pourtant elle est souvent négligée. Pour les plus démunis, la part budgétaire attribuée à l’alimentation se restreint au profit d’autres dépenses, comme par exemple les dépenses de télécommunications. Alors lorsqu’il faut serrer le budget, l’alimentation accuse le coup : bien souvent c’est ce poste de dépense qui sert de variable d’ajustement dans les budgets des ménages les plus précaires. Les personnes les plus démunies « sont obligées de faire des choix arbitraires de consommation qui jouent en défaveur des dépenses alimentaires (…) », constate le rapport du Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale sur le « reste à vivre » de juin 2012. L’INSEE souligne dans une étude sur la consommation des Français en 2011 (juillet 2013) qu’entre 1979 et 2005, le poids de l’alimentation a baissé de 9 points chez les 20% de ménages les plus modestes. Depuis 2007, ce poids a cessé de se réduire, ayant probablement atteint un niveau plancher incompressible.

Le visage de l'insécurité alimentaire

3,5 millions de Français subissent l’insécurité alimentaire et ont aujourd’hui recours à un soutien alimentaire. Mais l’insécurité alimentaire n’est pas le fait d’une catégorie sociale unique en France et ses causes sont diverses : sociétales, individuelles ou une combinaison des deux. L’insécurité alimentaire concerne une population très hétérogène : des femmes seules avec enfants, des chômeurs, des jeunes non-qualifiés, des familles monoparentales, des ménages à bas-revenus, des personnes bénéficiant d’un emploi précaire, des individus avec un emploi stable mais dont le salaire n’est pas suffisant pour faire face à leurs charges. L’insécurité alimentaire est bien souvent la conséquence d’accidents de vie comme le chômage, la maladie, un à-coup qui perturbe soudainement l’équilibre précaire du foyer.

Dans les pays du Nord, les politiques agricoles et agro-alimentaires des dernières décennies portaient l’ambition d’une alimentation accessible à tous. L’équilibre précaire a été bouleversé et paradoxalement gaspillage alimentaire et insécurité alimentaire se côtoient. Pour lutter efficacement, l’alimentation doit retrouver toute sa valeur. Elle est synonyme de bonne santé, de bienêtre, créatrice de lien social, vecteur d’inclusion sociale. « Bien manger », c’est être bien dans son corps, dans sa tête, donc être au mieux pour s’occuper de soi, de sa famille, pour travailler. L’alimentation permet de se sentir bien avec soi-même et avec les autres. Utilisons-la.

En France, pays où l’offre alimentaire est abondante, manger est avant tout un mode de vie. Pourtant, des centaines de milliers de Français luttent au quotidien contre l’insécurité alimentaire, pour eux, pour leurs enfants et leur famille. La crise a des conséquences visibles avec une hausse des situations de pauvreté et une insécurité alimentaire s’installe chaque jour un peu plus. Les plus démunis doivent faire des choix et c’est l’alimentation qui en pâtit. L’insécurité alimentaire n’est cependant pas une fatalité. La solution se trouvera dans une alimentation durable accessible à tous. Cela passe notamment par la mise en œuvre de politiques en faveur de la réduction des situations de précarité et d’appui aux capacités des plus défavorisés à faire face aux situations de crise et de vulnérabilité.

Gaëtan Lassale Affaires Institutionnelles, Plaidoyer & Observatoire « Opnalim », Observatoire Pauvreté-Nutrition-Alimentation.